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La 37ème Chambre | Sofian Jouini - Artiste invité

Je suis Sofian Jouini, je danse depuis 1999. Ça a commencé en suivant mon frère dans la découverte du Breakdance, on a tous les deux été formés et guidés par Yasmin Rahmani et Aziz Tahar, du groupe HB2. Puis vint le temps de KLP, la famille, le crew,  la compagnie, les spectacles, l’écriture collective, les tournées, les événements. Une famille au travail, presque des forains.

Le temps passe et les chemins se séparent, pour  se recroiser, se tisser ensuite. Le mien me ramène vers d’autres pratiques corporelles et philosophiques. Le mimétisme animal, l’architecture, le théâtre physique, la parole, le jiu jitsu brésilien, les principes d’alchimie, la transe, la musique orientale, les chants soufis, le corps comme véhicule et instrument  de la vie des émotions, des idées, des archétypes et des mémoires. Un genre de sauce, que j’aime bien épicée, en constante élaboration, gombo vegan ou feijoada sans porc, le genre de recette jamais parfaite, support de réflexion, questionné, en mouvement. Ce qui compte finalement, n’est pas tant le gout de cette sauce, que ce qu’y deviennent les différents ingrédients qui la composent, au contact de ce tout, et des autres. Et puis des spectacles, performer, vivre, témoigner, partager par la scène  ce qui nous touche intimement en tant qu’humain et en tant que groupe humain, en fractale.

J’ai passé ces deux trois dernières années en itinérance, aller, venir, repartir, commencer, déphasage culturel, recommencer, sortir le dernier caleçon de la valise, pressing, séchage, nouveau départ, passage au conteneur de stockage, changement de set-up, nouvelle mission... Habiter au 783, c’est une étape, une oasis pour une caravane d’idées et de projets, les chameaux finissent par avoir soif, besoin de poser des idées, des corps, ça tombe tellement bien. Et ô miracle cette oasis est habitée, il y a toute une communauté qui y bouge, ressent, échange, discute et partage, j’ai glané quelques objets et idées ou cours de mon voyage, ça tombe bien aussi. Avec celles et ceux qui veulent, nous discuterons, regarderons des films sans fauteuils, mangerons sans couverts et imaginerons des moyens de se transformer, par l’art, pour le groupe, par le groupe, pour l’art, ouvrir des espaces imaginaires, des marmites, « tiens goute cette sauce et passe-moi la cuillère s’il te plait » « Pouahh mais c’est violent ton truc, tu veux pas y mettre un peu de coriandre ? Ou du beurre de cacahuète ? C’est peut-être l’aigre-doux qui peut t’aider. Qu’est-ce que tu en penses ? »

 

JEDEYA

Projet

Les couches sont multiples. Il y a d’abord et très intimement le rapport interne du féminin avec le masculin, les deux polarités énergétiques qui coexistent en chacun de nous, quel rapport au corps? Et quel rapport de ce corps à l’espace, au mouvement.

De façon identitaire et archétypale, quid des mémoires masculines qui nous ont menés jusque aujourd’hui et quid des mémoires féminines? 
Explorer le féminin dans un corps d’homme, exploré la féminité dans une vie d’homme, remettre l’énergie masculine au service de l’énergie féminine. Questionner le cloisonnement qui peut exister entre ces deux polarités pourtant interdépendantes et inconditionnellement complémentaires. Quel est ce cloisonnement, cette domestication du rapport homme-femme ? 
Féminin-masculin ? 

Pour approfondir ce questionnement, il me faut remonter la mémoire de qui je suis, qui sommes-nous, de qui sommes-nous l’émanation ? 
Aux échelles individuelles, communautaires, culturelles, humaines. Laisser la place à l’imaginaire pour recréer un récit, faire le pas de côté nécessaire, gratter le vernis de la légende, questionner la soi-disant évidence. Une enquête contre l’instinct, contre ce qui est mémorisé par la filiation, l’éducation, l’héritage.

Une autre couche sédimentée dans l’individu et dont « JEDEYA » permet l’exploration, c’est la sédentarisation du mode de vie, le passage d’un monde ancien et de son système de croyances à un monde moderne dont il semble que nous touchions à la fin, le passage d’une réalité dans laquelle la Nature est magique, mystique à une réalité où la Nature n’est que le décor rationalisé du récit de notre humanité. 
Du polythéisme au monothéisme, le passage d’une existence poreuse et ouverte au terrestre à une existence déconnectée de celui-ci, polarisée par des considérations morales, manichéennes, inquisitrices.

Distribution